Au nom de la Loi et de l’Ordre

Les hommes en uniformes  tombent comme un cheveu dans la soupe. La déclaration du ministre de la Défense, samedi dernier,  sonne plus comme une manœuvre d’intimidation que pour rasséréner la population et apaiser la classe politique devant une crise institutionnelle. 

Quelle mouche a donc piqué les militaires à s’aplatir devant le pouvoir exécutif ? Quand un membre du gouvernement, tout ministre de la Défense qu’il soit,  s’habille d’un uniforme qu’il aurait dû mettre au placard durant son mandat, civil, de ministre et s’entoure de toute une cohorte de militaires,  pour mettre en garde, prévenir, inquiéter voire menacer, au nom de la Loi et de l’Ordre, il  commet un spectacle politique d’intimidation. Pire, pour  une déclaration sur l’actualité chaude du moment, les hommes en uniforme risquent  d’être suspects de compromission  avec un  pouvoir mis à mal par son contre pouvoir, le parlement.  En clair, avec ce genre de prestations publiques, les militaires et les policiers se posent n en dernier rempart des dirigeants et non des citoyens. La première réaction de ceux qui ont pour fonction d’observer la vie publique, aura été de les soupçonner d’être instrumentalisés  et poussés en première ligne pour protéger un prince ou des princes contestés.

L’affaire du bras de fer parlement-président de la République est simple, mais lourde de conséquences. Un parlement, même composé de véreux et de criminels en tous genres, constitue le fondement de la  démocratie comme un rempart contre la dictature, militaire la plupart du temps dans le monde. On peut gouverner sans président de la république, mais il n’est pas de république que l’on ne puisse gouverner  sans parlement.

Alors, à  qui profite le crime ? Car c’est un crime que d’user de pressions suspectes de parti pris partisan, sur le peuple souverain, ses représentants voire contre  l’exercice des droits citoyens à ne pas  être d’accord avec ses dirigeants et à le montrer. 

Le crime profite à un  gouvernement contesté dont le porte-parole présumé des militaires et policiers  fait partie et à un pouvoir  exécutif atteint dans sa  crédibilité, car renié par la représentation populaire définie par les principes démocratiques de la séparation des pouvoirs. Il n’est pas question de menace de putsch ou, encore moins,  d’un fleuve de sang accompagné de son lot de pillages ou d’incendies. Il s’agit du droit du parlement de rappeler  sa prééminence statutaire sur le pouvoir exécutif, gouvernement et présidence. Motion de censure ou motion d’empêchement ou motion de déchéance, l’esprit de  la constitution reconnaît ce droit  imprescriptible de remise en cause du pouvoir.

Que veulent donc ces militaires qui s’en prennent spécifiquement aux politiciens de l’opposition ? Comme si le gouvernement ou le président de la république qu’ils défendent  ne sont pas aussi des politiciens. Les militaires proclament avec l’apparat militaire des uniformes,  leur volonté de défendre la loi et l’ordre. En Afrique du sud sous l’apartheid, entre autres pays-exemples, le ministre de la Justice est désigné officiellement comme le ministre de La Loi et de l’Ordre.

Les forces militaires et policières, ainsi que les tribunaux d’exception, tirent sur les manifestants au nom de la Loi et de l’Ordre, et non des droits fondamentaux des citoyens à dire tout haut ce qu’ils pensent et le défendre contre toute pensée unique, celle du pouvoir. Le droit et l’ordre sera toujours du bon côté des fusils. Les républiques bananières tirent toujours au nom de la Loi et de l’Ordre, comme El Qaida, EIIl, Bokou Haram et les nébuleuses terroristes.

Le  Burundi offre le dernier exemple en date. Sa Haute Cour constitutionnelle, envers et contre la lettre et l’esprit de la Constitution,  autorise le président burundais à se porter candidat pour la troisième fois. Militaires  et Policiers tirent contre les contestataires, au nom de la loi et de  l’ordre. Contre tout un parlement ou toute l’opinion publique, moins d’une dizaine de magistrats dont la décision est irrévocable peut imposer leur loi (et leur ordre) pour le plus grand bénéfice d’une poignée de dirigeants.

A Madagascar, on a été obligé de créer une Cour Electorale Spéciale pour effacer l’ignominie d’un verdict  qui a déshonoré la magistrature. Une poignée de magistrats dont toute décision est réputée irrévocable a laissé passer un  candidat après la date limite du dépôt de candidature. Qu’est-ce que les militaires et policiers ont-ils donc l’intention de faire au cas où… ? Disperser les membres du parlement, représentants de la souveraineté populaire,  à coups de gourdins, de fusils ou de grenades lacrymogènes ?

Alors là, c’est la vraie crise au nom de la Loi et de l’Ordre.