Comment Madagascar a créé son phénomène Dahalo

SUD - DAHALO - MADAGASCAR

Une fois de plus le macabre bilan d’un affrontement sanglant entre les gendarmes et les voleurs de bœufs nous rappelle la continuité de l’état de nuisance des activités criminelles organisées par des réseaux mafieux. Par le passé pourtnat, les vols de zébus étaient tout juste considérés comme un phénomène social lié à la tradition machiste des jeunes gens de quelques tribus d’éleveurs. Pierre Nakamy un éminent  juriste natif du pays Bara, confirme: « la possession  du bœuf, un animal  sacré,  est  la  suprême ambition de  tout  individu Bara qui, ayant le  sentiment de  sa dignité, considère  comme légitime tout  moyen  de  s’en  procurer. Imbus  de  cette idée,  les audacieux et les  impatients  ne  résistent guère  à  la  tentation de  razzier armes  en  main  et  au  péril de leur  vie ».

Après la Seconde Guerre mondiale, pour les collecteurs des abattoirs et des usines de la Société Rochefortaise et autres, c’était l’Age d’Or de la profession de marchands de bestiaux.  Au fil du temps leurs exploits ont pris une ampleur et des dimensions de plus en plus incontrôlables. Sous la forte pression de la loi de l’offre et de la demande sur le marché local, et surtout internationale, du commerce de la viande, les razzias à travers  les campagnes de Madagascar sont devenues de véritables expéditions militaires très proches de la guérilla.

Durant les années 60, pendant la 1ère République, pour en finir avec les voleurs de bœufs, le ministre de l’Intérieur de l’époque André Resampa avait eu recours à des mesures très radicales. Aux lourdes peines des cours criminelles, déjà assorties d’interdiction de séjour dans les lieux de leurs méfaits, les voleurs condamnés ont droit à un transfert vers le sinistre bagne de l’Ile de Nosy-Lava. Resampa, l’homme fort du régime PSD, avait en outre prévu aussi pour eux des mesures administratives d’ assignation à résidence loin de leur village d’origine, de manière à ce qu’ils ne puissent revenir  chez eux, même s’ils sortent vivants des dures conditions de détention.

Avec les événements politiques d’Avril 1971 et Mai 72 qui ont marqué la fin du régime de Philibert Tsiranana, le désordre commence à s’installer un peu partout, depuis les directions centrales de l’Etat jusque dans les villages. Puis, avec l’assassinat du  colonel Richard Ratsimandrava et le Procès du Siècle, la Justice a perdu de son prestige en raison des manipulations politiciennes. Et tout au long du régime militaire du Général Gabriel Ramanantsoa, on a commencé à ne plus croire aux vertus des tribunaux, considérant que la magistrature n’aurait pas réussi à juger convenablement l’affaire Ratsimandrava.

Puis de  fil en aiguille, la gangrène de la corruption fait ses ravages dans les différentes juridictions suivie par le désenchantement des forces de l’ordre dégoutées d’être réduits à n’être que des rabatteurs pour quelques juges parjures décidés et déterminés à s’enrichir au dépend de  justiciables en majorité illettrés. Cet état des choses va entraîner dans les campagnes et l’arrière-pays la naissance de la culture de l‘impunité

Durant l’avènement de la Révolution Socialiste du président Didier Ratsiraka et les militants en uniformes, la lutte  contre le banditisme rural connaîtra des épisodes mémorables. « Selon les  chiffres officiels fournis par le Service de l’Elevage, l’effectif bovin de Fianarantsoa I et II était de 80 455  en 1980 et est tombé à 52 107 en 1989. Pour  Ambalavao  le  nombre  est  passé  de  86 526 en 1980 à  44 250  en 1989 et  il en  va de même  pour les autres districts ». Dans les autres provinces aussi le vol des bœufs fera des ravages  proportionnels aux chiffres des parcs vidés de jour comme de nuit…  

Pour ne pas  donner aux juges corruptibles l’occasion d’exercer leurs privilèges, les justiciers en uniformes comme le colonel Fanapera et ses semblables s’entendent pour lancer des opérations de répression en évitant de faire des prisonniers(tsy manday mody). Suffisamment informés sur les repères et les terrains de chasse des associations de malfaiteurs,  les forces de l’ordre attaquent le mal sur leur propre terrain avant même que les crimes ne soient commis. Terrorisés par ces offensives de dissuasion, les candidats aux vols de bestiaux finissent par abandonner la partie pour se convertir aux bienfaits de la culture du riz dans un foyer familial.

Marc Ravalomanana arrive au pouvoir avec ses méthodes expéditives. Et parce qu’il ne se laisse pas impressionner par les magistrats, la campagne malgache, les paysans et les éleveurs pouvaient alors  jouir d’une certaine accalmie. Mais lorsque la Révolution Orange et Andry Rajoelina prennent le pouvoir, l’Etat de non droit refait surface. En milieu urbain comme dans les provinces, les malfaiteurs ne font pas de quartier. Ils violent, tuent et pillent avec des armes de guerre entre les mains.

La recrudescence des vols de bœufs atteint des chiffres incroyables de plus 100 têtes de bêtes par attaque au minimum. Et la fréquence des incursions atteignent souvent des crêtes de 4 à 10 par jour. La politique très permissive de la création de nouveaux abattoirs par des chinois en périphérie était la seule explication d’une telle évolution de la situation. Payés 800 000 Ariary par zébu livré, les paysans qui peignent à trouver un emploient saisissent l’opportunité chinoise. Avec l’aide de protecteurs aux bras longs, ils réussissent à livrer 1 000 boeufs par semaine, et peuvent se permettre d’acheter la conscience du maire, des petits fonctionnaires de la région, des grands responsables des forces de l’ordre et même des juges.

A la grande surprise de tout le voisinage, un magistrat de Morombe a accepté un don d’une voiture 4X4 pour avoir favorisé une mise en liberté provisoire, devenue par la suite définitive après un flagrant délit d’homicide volontaire…Le cas n’est pas isolé mais varie suivant de don ou la somme offerte. La loi du silence aidant, l’ordre règne dans les campagnes au profit de l’injustice. Par la puissance des billets de banque, les réseaux des dahalos agissant sur le terrain et leurs parrains intervenant en hauts lieux, les malfaiteurs pourtant connus restent rarement longtemps en prison et à titre de représailles reviennent terroriser leur victimes jusqu’à les tuer pour servir d’exemple aux autres.

Pour faire bonne figure aux yeux de l’opinion scandalisée par le laxisme évident des autorités de la Transition, Andry Rajoelina envoie les militaires combattre Remenabila et ses bandes armées qui ont massacré des militaires en service commandé. Malgré les prouesses tristement célèbre d’un colonel René Lylison et son équipe, la campagne de répression prend une tournure dramatique au lieu servir la cause des paysans et des éleveurs. En effet, quelques hommes en treillis étaient devenus célèbres par les exactions, les exécutions sommaires, les extorsions de fonds et le chantage auprès d’éleveurs accusés par des délateurs.

Cette situation durera jusqu’à la fin du régime transitoire et se perpétue encore de nos jours. Le régime actuel avait lancé les opérations « Coup d’arrêt » suivies de spectaculaires séances de repentir collectif qui étaient la risée de tout le pays (« Dahalo niova fo »). Le récent fiasco des interventions des militaires dépêchés sur le terrain par l’Etat-major Général de l’Armée à Ankazoabo, l’assassinat d’un officier supérieur à Betroka l’an dernier, l’affaire Député Mara Niarisy et la cruauté des multiples incidents qui font la Une de la  presse sont loin de nous rassurer.

Les grands marchés de  l’île Maurice, d’Afrique et de la Chine ont besoin d’approvisionnements en viande de qualité. Des milliards de dollars sans espoir de rapatriements de devises sont en jeu…Les beaux jours de la sécurisation des biens et des personnes ne sont pas encore pour demain tant que les responsables étatiques ferment les yeux sur les grands remèdes capables de guérir les grands maux de ce pays. Quoiqu’il en soit, personne ne peut dire que la Gendarmerie Nationale baisse les bras. Nouvelles de dernière heure : depuis lundi 4 avril, le général Florens  Rakotomahanina en personne conduit à Tsiroanomadidy  la poursuite d’une importante bande  de dahalos.  Après un sérieux accrochage, sans aucune perte en vie humaine ni blessé de leur côté, le patron de  la C.I.R.G.N  d’Analamanga  et son équipe ont  pu récupérer  80 bêtes sur  les 300 bêtes emportées par les voleurs. Déterminés  à ne pas laisser ces ennemis publics à avoir le dessus, ils suivent toujours  à la trace les fuyards avec l’appui de leurs collègues de Miandrivazo.

  • domi bara

    De temps en temps revisiter l’histoire permet d’avoir les idées claires. Prendre du recul et voir sous un autre (et/ou plusieurs) angle(s) est le premier pas vers une solution à long terme.

    Tous les décideurs n’ont tenu compte du contexte socio-culturel dans leur stratégie, ceci expliquant leurs échecs.

    https://sites.google.com/site/barademadagascar/societe/zebu/01-vols-de-zebus

    Les Bara à travers leur association FITIBA ont maintes fois mis en garde les autorités…

    Il est temps de prendre en considération les première victimes : les paysans qui n’ont que les zébus comme richesses et de surcroit, bases de la stabilité de leur société et de leurs Croyances…

    Découvrez leur culture…

    https://sites.google.com/site/barademadagascar

  • Arivo Arivo

    Pourquoi vous ne demandez pas Apostoly TSARA TSARA. Il connait la plupart de cette histoire. Il a même répenti certain d’entre eux, entre autres ceux qui ont fait peur la région d’Androy. le capitaine (ou colonel …..je ne souviens pas son grade) Faneva en est temoin. Le CB d’Ambovombe Androy en est aussi temoin, il y en a une liste mais la plupart des gens essaient d’étouffer ces choses.

    Même le chermin de ces zébus depuis les champs de rizières jusq’au port de Toamasina, ou autre système d’exporation, en passant par les routes nationales ou via des raccourcis, avec les BG, juges, maires etc…

    Personne ne veut pas croire ou tout le monde essaie de cacher ces vérités.