La vie amoureuse des bonnes

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« Quand on aime, on ne compte pas » dit-on souvent. Même s’il n’est pas toujours évident de se fier à cette expression quand on ne gagne que des miettes comme salaire mensuel. 

Fidéline

Fidéline, 15 ans, a connu les affres de ses premiers « délires » amoureux. Malgré ses déboires, elle continue à aimer d’un amour fou son « Jules », qui lui, est un sergent dans l’armée malgache, une tête-brulée si l’on s’en tient à son passé.

« Il s’appelle Fidy, il est bien plus âgé que moi. Beaucoup plus même. Mais c’est l’amour quoi ! Je ne sais connais même pas son nom de famille, je sais juste qu’il vient de la région Sud-est de Madagascar. Je ne sais pas combien il gagne, mais moi, je suis payée à 60.000 ariary le mois. Il a auparavant travaillé deux pâtés de maison de chez mon patron, dans une entreprise de BTP appartenant à un dignitaire du régime en place. Toutes les fois où je faisais les courses, il n’arrêtait pas de me draguer. Au final, j’ai succombé à son charme. C’est même lui qui m’a dépucelé. Mais quand nos patrons ont découvert notre relation, je me suis fait virée et lui muté à Arivonimamo. Il a déconné, moi également.

Pour le moment, j’aide un peu ma grande sœur qui est aussi aide-ménagère, en attendant de trouver un autre patron. Mais je viens autant que je peux le rendre visite à la base militaire où il a été affecté. Malgré ses « ditra » (ndlr : bêtises) pour ne citer que les menaces proférées de mort contre moi, ses infidélités, et même le fait qu’il ait osé lever la main sur moi, je l’aime d’un amour-fou. Pour moi, il ne pourra être que mon mari et le père de mes futurs enfants.

Aller le voir à Arivonimamo me coûte très cher, car je n’en ai pas les moyens mais je compte sur le bon vouloir de ma sœur. Mais l’amour n’a pas de prix. Il n’y a pas que les ngetroka (ndlr : riches) qui peuvent aimer mais tout être humain dont nous les sôlafa (ndlr : aide-ménagère). Nous aussi, on peut aimer comme les autres » a-t-elle.

Zo

Zo, à peine âgée de 17 ans est une aide-ménagère au sein d’une famille de 7 personnes dans la capitale. En dépit de sa situation, elle a son « Roméo » qu’elle tente tant bien que mal de rendre visite de manière régulière.

« Je suis une bonne depuis que j’ai 15 ans. J’ai connu mon amoureux chez nous, à Antanifotsy à Antsirabe. On a le même âge. Sauf que lui, ses parents l’ont forcé à aller au lycée.

Je suis payée 60.000 ariary le mois, c’est donc moi qui dois m’arranger pour aller le voir, car lui, n’a pas mes moyens. Je suis de sortie tous les week-ends, donc je rentre chez nous, pas spécialement pour ma famille mais plutôt pour voir mon chéri. Cela me coûte cher, car les frais aller et retour sont à 10.000 voire à 15.000 ariary les jours de fête, sans compter les extras comme la bouffe etc. Mais on s’aime et on croit dur comme fer qu’on est fait l’un pour l’autre. Notre projet : qu’il réussisse dans ses études et trouve un bon travail, et que nous fondions une famille heureuse » a-t-elle témoigné.

Henintsoa

Henintsoa, 23 ans, croque la vie à pleine dent. Elle vient même de mettre au monde son premier enfant. Le fruit de ses amours, selon ses propres termes.

« Etant orpheline très tôt et sans diplôme, j’ai commencé à travailler en tant que domestique très jeune, à l’âge de 16 ans. J’ai rencontré celui qui est devenu mon mari chez mon patron. Il y était le gardien. Mais quand le patron a découvert notre relation secrète, il l’a viré. Cela ne nous a pas empêché de bétonner notre amour. Depuis, on ne se voit que pendant mes jours de sortie, c’est-à-dire le week-end. D’ailleurs, c’est lui qui s’occupe de notre bébé. Chaque week-end, je rentre chez nous, à 2h de marche d’Imerintsiatosika, comme il n’y a pas d’accès taxi-brousse. Je gagne 120.000 ariary par mois. Mais entre les frais de déplacement, les dépenses pour le bébé et un mari qui ne travaille pas, j’avoue que j’ai vraiment du mal à joindre les deux bouts. Cependant, je ne perds pas espoir qu’un beau jour, on aura une vie meilleure » a-t-elle confié.

Vololona

Notre dernier témoin s’appelle Vololona. Mère de 5 enfants, dont un en bas âge, son mari est décédé lorsqu’elle avait 42 ans. Mise à la porte par son premier employeur pour vol, elle a réussi à trouver un job tout juste à côté. Malgré sa situation, c’est une femme ambitieuse, et surtout, qui ne compte pas mettre une croix sur sa vie amoureuse et sexuelle. Son amant habite à 5 km de marche d’Ambatomirahavavy. Mais cela ne l’empêche pas d’aller le voir quand elle en a envie.

« Ma plus grande fierté est que j’ai réussi malgré le fait d’être veuve et domestique, à construire une maison et à subvenir aux besoins de ma famille. J’ai même un petit élevage porcin de 6 bêtes, dont 3 reproducteurs. Pourtant, je ne gagne que 120.000 ariary par mois, mais j’ai réussi tout cela grâce à ma capacité à voler mes patrons. Par exemple, pour une course de 5.000 ariary, je luis dis que le totale coûte facilement le double. Accessoirement, mes patrons sont de nature un peu naïve et confiante envers moi. J’ai une tirelire que j’ai fabriqué moi-même, en bouteille en plastique. Je ne rentre jamais chez moi sans qu’elle soit pleine à ras-bord !

A part ma famille, j’ai aussi mon amoureux que je dois entretenir. Il me satisfait aussi bien sentimentalement que sexuellement. Malgré mon âge, j’ai toujours des besoins quoi ! (rires). Tant que je ne me fais pas prendre la main dans le sac, tout va bien. C’est comme ça que je peux subvenir aux besoins de ma famille et de mon petit ami que je vois quand je veux. Pour les voir, il me suffit d’inventer une histoire, que je suis malade, ou que l’un de mes enfants est malade, ou que j’ai un problème familial urgent, pour pouvoir bénéficier d’un ou de quelques jours pour m’évader un peu à ma manière. Même nous, les sôlafa (ndlr : domestiques) comme on dit, avons aussi le droit de nous éclater !» a-t-elle affirmé.

  • Des « bonnes ». N’y aurait-il pas un terme un peu plus respectueux?

    • Nicolas

      Elles sont « bonnes », c’est déjà bien…

  • Nicolas

    Et des histoires où elle se tape le patron? Où dans ce cas là, ne s’agit-il pas d’amour?