Le secteur de l’aviation, champion de l’effet d’annonce

Lancement travaux aéroport Ivato 5 2015-07-09
L’on se souvient du communiqué, lancé en grande pompe au mois de juillet de l’année dernière, sur la rénovation de deux aéroports internationaux de Madagascar : celui d’Ivato – Antananarivo et de Fascène – Nosy-Be. Chacun à sa manière, l’ancien ministre chargé des Projets présidentiels et de l’Aménagement du territoire, Rivo Rakotovao et son successeurs Narson Rafidimanana ont rassuré l’opinion sur l’issue positive de ce partenariat public privé entre l’Etat malgache et le consortium Ravinala Airports. Ce dernier devrait livrer les travaux d’extension de ces deux aéroports avant le Sommet de la Francophonie du mois de novembre prochain. Mais la réalité revient de nouveau à la charge.

Narson Rafidimanana, actuel ministre chargé des Projets présidentiels et de l’Aménagement du territoire, martèle que le calendrier sera maintenu. Pour preuve le déblocage d’un premier fonds de 10 millions de dollars pour la première phase des travaux. Selon Narson Rafidimanan, il s’agit notamment d’une enveloppe « pour l’accueil des présidents, le pavillon présidentiel à l’aéroport, et aussi le tarmac pour les parkings des avions présidentiels ». L’on se pose la question sur l’opportunité ou la raison de ce premier déboursement aussi tardif, mais aussi sur la situation réelle du projet de rénovation des deux aéroports.

Les observateurs internationaux n’ont pas manqué de constater le retard sur les travaux. RFI l’a d’ailleurs relayé sur ses ondes en titrant clairement le 13 juin dernier : « Les travaux des aéroports d’Antananarivo et Nosy Be au point mort ».

Inévitablement, d’autres médias internationaux s’engouffrent dans le même questionnement suivant le fil info de l’agence de presse Reuters aux Etats-Unis qui a publié le lendemain, 14 juin, sa liste des fusions et acquisitions (ou OPA) en cours d’examen ou en attente de délai d’approbation sur le territoire de l’Union européenne (EU mergers and takeovers, first stage reviews by deadline). Cette liste présente clairement, entre autres informations, une ligne où figure « le futur actionnariat contrôlant la société Ravinala Airports », sous forme de joint-venture entre la société financière Meridiam grand spécialiste de l’Afrique, le groupe Bouygues Bâtiment International et sa filiale Colas, et le groupe Aéroport de Paris qui a fait l’objet d’un récent rebranding.

La question se pose alors si la société Ravinala Airports est officiellement habilitée à opérer avant la date inscrite sur le fil de Reuters pour ce joint-venture qui est prévu pour le 13 juillet 2016.

Dans la même semaine, le site professionnel du secteur de l’aviation Air Journal a publié une autre information capitale pour le secteur, celle de la sortie imminente d’Air Madagascar de la liste B de l’Union européenne. Cet autre dossier chaud du secteur aérien, qui a occasionné des pertes par dizaines de millions de dollars pour cette compagnie, 18 millions de dollars pour le dernier exercice, est donc en passe de connaitre un dénouement heureux. Mais comme à l’accoutumée, le gouvernement en place, à travers le Ministère des Transports et l’Aviation Civile de Madagascar (ACM), annonce d’ores et déjà pour le 16 juin la tenue d’une « grande conférence internationale sur l’aviation ». La coïncidence n’a pas échappé aux médias qui sous-entendent la manipulation d’informations à des fins politiques. Comme si la compagnie nationale n’a pas déjà assez souffert des décisions trop politiques qui ont plombé ses résultats depuis des décennies.

Comme les récentes restrictions inscrites dans le nouveau Code de la Communication ne frappent pas la presse étrangère, Euronews n’a pas ménagé le Président Hery Rajaonarimampianina, ancien Président du conseil d’administration d’Air Madagascar, lors de son interview dans Global Conversation. Le journaliste Tokunbo Salako a aligné les questions qui fâchent : instabilité politique chronique à Madagascar, le douloureux passage à la procédure d’empêchement, et « l’effet Hollywood » sur Madagascar, où la Grande Île est surtout connue à travers le célèbre dessin animé éponyme. Google a rectifié tardivement le tir en référençant de nouveau le pays à la première ligne des résultats de recherches sur le mot « Madagascar » à la place du chef d’œuvre de Dreamworks. Ne parlons même pas de « l’effet Open Sky » pour l’avenir d’Air Madagascar…