Le système a eu raison de Ravelonarivo

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Il était une fois un expert-comptable arrivé dans l’arène de la politique politicienne par la force des choses. Aux lendemains du putsch de 2009, lorsqu’Andry Rajoelina évicte Marc Ravalomanana du pouvoir et s’engouffre dans un régime de transition très controversé et dépourvu de cadres compétents, il sera propulsé par l’influent Mamy Ravatomanga comme Argentier d’un Andry Rajoelina pratiquement boudé par les instances financières internationales. Hery Rajaonarimampianina fait ses premiers pas à la magistrature suprême.

Il devient ensuite candidat de substitution sous le parti HVM, crée pour l’occasion, après les péripéties d’une élection primaire du parti Mapar (Miaraka amin’i Président Andry Rajoelina, ou “Avec le Président Andry Rajoelina”) qui a préferé présenter un autre candidat aux élections, sur pression de l’entourage de Mialy Rajoelina, la Première Dame de l’époque.

Moment très dur pour une ambition qui n’avait plus alors que le soutien de principe de quelques relations d’ordre professionnel sous la conduite de Jean Ravelonarivo un self-made man qui a réussi à  se faire un nom dans le secteur immobilier international. Les médias noteront que « Jean Ravelonarivo est un ami personnel d’Hery Rajaonarimampianina. Ils sont tous les deux membres du même Rotary et leurs épouses se connaissent. »

Balloté entre les versatilités contraignantes des financiers de cette trépidante campagne électorale de 2013, l’actuel homme fort a pu passer la rampe d’un premier tour et finir en beauté avec le coup de pouce salutaire de celui qu’il placera à la tête du gouvernement le  17 janvier 2015: Jean Ravelonarivo. Il fallait remplacer un Kolo Roger trop mou face à la coalition de quelques députés par un militaire qui, selon Jeune Afrique  « a la confiance du président, un atout  considérable ».

Qu’a-t-il bien pu se passer et changer depuis, pour qu’on en arrive à cette situation que  le journal Le Monde du 8 avril dernier va considérer comme un« cafouillage autour de la démission du gouvernement » ?

Autour de la présidence, des esprits chagrins prenaient plaisir à jeter de l’huile sur le feu, pour casser l’entente entre ceux que beaucoup pensent être “frères” au sein d’une même loge maçonnique. Pour ce faire, les barons du palais présidentiel (le nommé Mbola Rajaonah en tête) ont tout fait pour mettre sur le dos du Premier ministre l’initiative de complots en tout genre: procédures de déchéance et autres pactes de responsabilité sans fondement legislatif.

En réalité, cette conspiration inspirée en sous-main par les meneurs du groupe parlementaire TIM, avait pour objectif  initial de déstabiliser le régime en place pour faire le lit d’un Marc Ravalomanana trop pressé pour attendre l’horizon 2018. La finalité des opérations préparatoires était de faire tomber le Président de la République en place pour ensuite neutraliser dans la foulée ce général Premier ministre qui sera remplacé par un membre du Bureau Permanent travaillé au corps par un parlementaire très convaincant…Le coup a failli réussir.

Le Chef de gouvernement a vu venir le piège et réagi avec efficacité. Le Président de la République commence à douter du loyalisme du Chef de gouvernement. Mal informé, Rajanarimampianina prête de plus en plus oreille à ses conseillers pressés de se débarrasser de ce général qui veut jouer le justicier solitaire et l’empêcheur de trafiquer en rond.

Les relations entre le couple présidentiel, braqué sur la sécurisation de l’échéance de l’an 2018, et les époux Ravelonarivo connaissent une rapide dégradation.

Le général Jean Ravelonarivo, diplômé de Troisième Cycle en Relations lnternationales (Mention Très Honorable) du Centre d’Etudes Diplomatiques et Stratégiques (CEDS) de Paris (France),  visiblement très chahuté ces derniers temps sentait l’étau des campagnes médiatiques de démolition se serrer crescendo au point de pourrir pratiquement la collaboration étatique entre le Palais d’Iavoloha et Mahazoarivo.  Le pays se retrouve avec un limogeage folklorique  « créant une confusion au sommet de l’État. », aussitôt suivi d’un « démenti du Premier ministre annoncé démissionnaire»,comme le constate François-Xavier Freland dans les colonnes du magazine de Béchir Ben Yahmed.

Malgré les efforts vains du parti du déchu Marc Ravalomanana, du Mapar qui rêve toujours de remettre en selle Andry Rajoelina, des ambassadeurs Horace Constant, Paraina Auguste et d’autres rêveurs, ce sera Mahafaly Olivier, un homme du sérail, très proche de la l’actuel Première Dame qui succède au général de Division Jean Ravelonarivo moins de 72 heures après l’arrivée en terre natale de l’épouse de Hery Rajaonarimampianina.

Vendredi 8 avril 2016 donc, vers 14 h la présidence annonce à la presse « est acceptée la démission qui est présentée par le Premier ministre Jean Ravelonarivo en son nom et au nom du gouvernement de la République. », Grande était la confusion parmi les acteurs politiques malgaches parce que le décret signé par Hery Rajaonarimampianina «entre immédiatement en vigueur dès sa publication par émission radiodiffusée ou télédiffusée. » Le Général Premier ministre reconnaît avoir rencontré le Chef de l’Etat ce jour-là avant cette déclaration combien hâtive de la présidence a avoué toutefois n’avoir signé aucune lettre de démission: « vu ma volonté de servir Madagascar et non pas de se servir, je vais lui remettre cette lettre de démission en temps voulu et opportun… »

Les supputations les plus saugrenues (militaires consignés dans les casernes, échecs  des tentatives de médiation et rumeurs diverses) agitaient les esprits. En réalité, il s’agissait en tout et pour tout de la concrétisation des buts et objectifs visés par les clans antagonistes de quelques intérêts des grandes fortunes de l’enrichissement illicite soucieux de sécuriser leurs acquis respectifs.

Le refus d’obtempérer à l’obligation de signer une lettre de démission à la date du vendredi 8 avril 2016 était au centre d’un trouble au sommet de l’Etat par des chefs d’institutions interposés. Les parrains des trafics mafieux en tous genres (les bois de rose, l’or, les minerais rares et les ressources pétrolières) et les bénéficiaires du népotisme en matière d’octroi des marchés publics peuvent maintenant se frotter les mains. D’une pierre ils sont arrivés à faire deux coups : tout en fragilisant le pouvoir du président Hery Rajaonarimampianina, les adeptes de la tradition des intrigues de palais ont fini par neutraliser ce Premier ministre apôtre de la « tolérance zéro ». Un« leitmotiv » qui, selon Herisetra du journal l’Express du 7 avril dernier « semble gêner la présidence. » Le jour suivant, ce qui devait arriver arriva.
Antonio S.