Les bacs à ordures, de simples déchets, or… durs pour certains

Os, bouteilles en plastique, sachets plastiques, charbons, diverses brocanteries. Rien que de simples détritus ménagers pour nous, mais de l’or pour la famille à Nourine, Claude et Randria.

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Engouement particulier du côté de Rasalama en ce début de matinée. Une heure où Claude, Nourine , Randria et les autres découvrent ce que renferme le bac à ordures, leur lieu de travail et de survie.

Accès interdit

En effet, cette benne à ordures fait vivre plusieurs familles. Une vingtaine de personnes y travaillent quotidiennement. «  Nous nous connaissons tous, et comme tout lieu de travail, l’accès est interdit à toute personne étrangère à nos services. Il faudrait avoir l’aval du responsable pour pouvoir  travailler ici » fait savoir Randria, 30 ans, bricolant une montre trouvée sur place, qu’il a fièrement offerte à sa femme, assise à ses côtés.

Randria, lui, est plutôt côté brocantes. Il a besogné en ces lieux depuis des années avec sa femme. Pour de plus amples informations quant au recrutement des occupants des lieux, nous avions cherché à contacter ledit responsable. Un responsable qui demeure introuvable et qui s’avère être une personne discrète, travaillant dans l’ombre, qui n’est connu que par les résidents seulement.

Mieux qu’ailleurs

Nourine, une femme de 60 ans, nourrit les 7 membres de sa famille, par ses trouvailles dans ces déchets ménagers. Quotidiennement, Nourine investit sa place pour récolter ses sachets plastiques. Auparavant, cette mère de famille était lavandière.

«  Mais cela n’arrivait pas à combler mes besoins. Je ne gagnai que 50 ariary par linge et dès fois je ne gagnai que 1 000 ariary par jour », explique-t-elle. Elle a alors décidé de fouiller les ordures. Depuis, elle a trouvé stabilité. «  Aujourd’hui je gagne 2 200 à 3000 ariary en vendant les sachets plastiques », nous apprend Nourine.

Les sachets sont recueillis dans les ordures, lavés, puis vendus à 10 à 50 Ar. « C’est selon la taille  du sachet » confie Nourine, tout en s’attelant à ses besognes.

Un ex SAMVA

Non loin de là, un autre occupant. Il s’agit de Claude, 27 ans. Pour pouvoir assurer la survie de sa  femme et de ses 3 enfants,  il s’attèle à ramasser les débris d’os. «  Avec cela, j’arrive à gagner 1 500 à 2 000 ariary par jour » révèle ce jeune père de famille.

Le kilo des os se vend à 100 ariary en été. Le cours commence à monter vers les 200 ariary par kilo lors de la saison hivernale. Claude nous explique « qu’il a été auparavant un employé du Service Autonome de Maintenance de la Ville d’Antananarivo (SAMVA) ». Depuis un an, il a été remercié puis s’est retrouvé dans cette situation. Il aspire à une vie meilleure, surtout pour ses enfants.

«  Actuellement, personne ne daigne nous recruter. Moi je me vois bien en tant que manœuvrier, mais la réalité est telle que je ne m’en plains plus » ponctue Claude. Aujourd’hui, comme Randria, Claude ne fait qu’apporter gratuitement son aide aux employés de la commune et du Samva, lors du ramassage des ordures.

Une santé de fer

Côté santé, Nourine, Claude et Randria, n’ont plus leur mot à dire. « Les ordures sont tellement incluses dans notre vie, que la grippe, les toux, la gale, causées par les odeurs nauséabondes et les microbes, sont notre quotidien » confirme en chœur Claude et Randria.

«  Nous y sommes habitués, ce n’est rien devant les autres problèmes auxquels nous faisons face journalièrement » témoigne Nourine. «  Nous n’avons pas de quoi vivre, on s’y résigne ».  Même s’ils vivent dans cette situation de précarité, Nourine, Claude, Randria, comme tous les autres d’ailleurs, aspirent à une vie meilleure.

Et pour eux, même enfouis dans ce véritable champ d’ordures, un clin d’œil des dirigeants, leur apporterait un souffle…un nouveau souffle.

Tiana Andriambololonarivo