Les chemins tortueux de l’amnistie de Ravalomanana

Vérité, réconciliation, justice sont devenus les mots à la mode pour sortir d’une crise qui, de rebondissements en rebondissements, semble sans issue. La procédure judiciaire menée à l’encontre de l’ancien président de la république piétine. Il y a un tel embrouillamini sur une affaire a priori simplissime, que le doute est permis quant aux  vrais objectifs de la démarche. 

L’article 82 du code pénal  est lumineux sur le survol du territoire national sans autorisation, C’est là où le bât blesse. Vous prenez personnellement et sans dire à personne, l’initiative de faire du deltaplane, vous risquez la perpète. Le devoir d’une bonne justice n’a rien à voir avec la politique politicienne du harcèlement, mais de la protection des citoyens contre les voyous, et surtout, ceux  qui montent en grade. « Qui vole un œuf, vole un bœuf », c’est bien connu. D’autres finissent même par mettre la main sur l’Etat. C’est sans doute la raison pour laquelle le Président Rajaonarimampianina déclare urbi et orbi, qu’il va prendre personnellement la direction des opérations de réconciliation.

L’affaire Ravalomanana risque  alors, d’être  perçu comme une vulgaire réaction de défense des acquis voire, de « biens mal acquis ». Quand dés ses premières déclarations, l’ex-chef de l’Etat à la dent dure et dont on connaît les capacités de nuisances déclare qu’il va faire le tour de Madagascar pour s’expliquer avec les citoyens électeurs, il a signé son billet d’entrée en résidence surveillée. Et, Marc Ravalomanana est devenu le problème du pays, comme Didier Ratsiraka s’est qualifié lui-même dans les années 90. Problème du pays ou problème de Rajaonarimampianina ou problème de l’exercice du pouvoir ?

De petites phrases en petite phrases, il faut être obtus pour ne pas saisir le fond de la stratégie présidentielle. Au vu de l’évolution de la situation sur le terrain,  Hery Rajaonarimampianina  ne peut s’en sortir que par l’instrumentalisation de l’appareil judiciaire. On juge Ravalomanana, on peut même le condamner puis on lui octroie une grâce présidentielle et cerise sur le gâteau, l’assemblée nationale, dont il connaît bien le mode de fonctionnement, lui vote une loi d’amnistie. Puis on n’en parle plus. C’est le principal avantage stratégique. Il empêche de continuer à remuer le fer dans les plaies ouvertes par  l’histoire.

Le problème principal de l’amnistie n’est donc pas Marc Ravalomanana, mais son propre processus. Il porte sur la clarification et la véracité des faits reprochés, pour évacuer tout risque de rancoeurs qui empêcheraient le retour à l’harmonie sociale. Mais, la vérité blesse comme la repentance laisse toujours une place au doute. L’amnistie passe par une loi votée par le Parlement et les Malgaches comme le monde entier, savent  comment fonctionne l’assemblée nationale de la république: le duo vérité et réconciliation dépassent ainsi  et de très loin, la polémique développée autour de l’avenir politique d’un chef de l’Etat démissionnaire.

Tout le monde semble oublier dans la foulée, que cette loi d’amnistie exige des préalables.

Il n’y a pas de réconciliation sans le rétablissement de la vérité et sans la confiance des victimes, les citoyens comme l’Etat. Le piège serait donc de faire croire que la loi d’amnistie, seule, sera la panacée ou le remède universel pour  tous les maux dont souffre Madagascar. Avant même d’être votée, elle suscite déjà  des réactions qui pourraient menacer  un avenir de paix et de sérénité politique. Les politiciens malgaches oscillent entre un vote partisan exécuté à la va-vite et l’impossible unanimité d’un vote consensuel. Si certains  ont l’avantage du nombre, d’autres  seront obligés de se battre quand, comme en Afrique du Sud post-apartheid, il leur faudra dire ou faire dire des « quatre vérités ». En  l’état actuel de la situation, revenir en arrière ou faire du surplace sera un choix suicidaire pour tous les camps politiques.

Le succès de la démarche d’amnistie dépendra de la crédibilité et de la neutralité des responsables du processus  de réconciliation. Ils cautionnent aux yeux de la Nation la véracité des déclarations de ceux qui ont vécu les heures noires de notre histoire. Autrement dit, l’amnistie n’est pas gagnée d’avance, surtout si l’intéressé a l’intention de se refaire une carrière politique.

Le réconciliateur devra décider si l’auteur des faits incriminés mérite encore la confiance et ne trompera pas une seconde fois les citoyens électeurs. C’est là qu’intervient  l’exigence de la vérité et des enquêtes et témoignages pour sa manifestation. A défaut, l’amnistie sera une mesure pour rien, car on aura instrumentalisé une loi pour les besoins d’une cause individuelle et des intérêts particuliers avec tous les risques que cela comporte pour la sérénité de la vie politique à venir. La réconciliation nationale repose sur  des vérités rétablies.

Elle exige des auteurs comme des victimes, le courage de témoigner, d’avouer et de faire preuve de bonne foi. Amnistie ou grâce présidentielle se méritent et ne se distribue pas comme des petits pains cuits à la vapeur d’eau bénite de la politique politicienne.