Les détails de l’affaire du fils Rajaonarimampianina

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Harcelé par la presse, le Président de la République en personne a cru bon d’intervenir en première ligne dans l’espoir d’éviter à son fils Matthieu Rakotoarimanana le risque d’une accusation relevant de la cour criminelle. Au lieu de l’effet escompté, l’immixtion paternelle dans cette affaire judiciaire n’a fait que donner libre cours à des insinuations et irriter davantage ceux qui prennent plaisir à le critiquer. Selon Hery Rajaonarimampianina «  ce n’est pas la première fois que sa famille a été citée comme étant impliquée dans des affaires douteuses. L’entourage du président sert de bouc émissaire, » pour atteindre sa personne. Le Chef de l’Etat fait ainsi allusion à ceux qui, au nom d’une opposition qui ne dit pas son nom, se servent d’une « mauvaise pratique politicienne ». 

A l’origine ce dossier baptisé « L’affaire Anjororobe»  n’était qu’un litige entre deux intérêts contradictoires en matière d’exploitation minière. Elle prendra par la suite des proportions les plus inattendues. Le 10 décembre de l’année dernière, Jean Yrmand avait lancé un pavé dans la mare en dévoilant ses malheurs sur les antennes de Radio Free.FM. Sur les ondes, il dénonce les harcèlements abusifs au profit d’un certain Alphonse Randrianarimiadana,  titulaire d’un permis minier avec lequel il a conclu  un contrat de partenariat de gré à gré pour l’extraction de  cristal de  titane sur la carrière située à Marotsipoy, Commune Rurale d’Ankaraoka, vers le deuxième semestre de l’année dernière. En sus d’un versement d’une avance de 20 millions d’Ariary, le paiement d’une mensualité de 11millions d’Ariary liait les deux hommes.

Tout allait tant bien que mal  jusqu’à ce que le nommé Alphonse décide de manière unilatérale d’expulser les occupants.  Pourtant, ayant réalisé qu’il ne pouvait pas s’en sortir en l’absence du savoir-faire et du flair de ce partenaire qui a su découvrir les bons endroits pour trouver les précieux cailloux, le rusé propriétaire se ravise et permet à son ancien collaborateur de revenir sur sa carrière en lui imposant un taux de redevances exorbitants et exagéré que l’autre était obligé d’accepter.

Mais les relations des parties concernées se compliquent lorsque l’homme d’affaires et ses associés imposent des conditions financières très pénibles qui s’apparentent à une forme déguisée d’extorsions de fonds. Alléché par le rythme de production  mise à jour par Jean Yrmand et consorts, Alphonse s’est mis en tête de tirer de son partenaire des surplus de redevances. Eventualité qui n’était pas prévue initialement entre les deux parties.

Pour montrer sa puissance, ce propriétaire est allé jusqu’à l’enlèvement d’un nommé Fabrice, un parent de Yrmand. Pendant que des hommes de  main n’hésitent pas à malmener avec brutalité les collaborateurs d’Yrmand. La personne séquestrée ne fût libérée que contre paiement d’une très forte somme à titre de rançon, seulement après une médiation d’un colonel. Les harcèlements à l’endroit des mineurs devenaient de plus en plus provoquants.

Irrités par les exigences de plus en plus contraignantes et injustes, entre temps, le propriétaire de la carrière et les exploitants, en s’adressant chacun devant les juges, obtiennent tous des décisions qui se contredisent l’une et l’autre au point de  provoquer  le début d’imbroglio juridique qui aboutira malheureusement sur le drame qui rendra tristement célèbre ce périmètre minier de Marotsipoy  ce lundi 22 février 2016. Ce jour-là, accompagné de quelques gendarmes, un huissier chargé d’expulser le locataire et les autres occupants de la carrière litigieuse, se voit opposer un refus de quitter les lieux. Il était question d’attendre un arrêt de la Cour d’Appel prévue pour le mois mars 2016 qui tranchera sur les prétentions des deux parties en procès.

Les forces de l’ordre prévues pour prêter main forte à l’auxiliaire de justice s’en vont sans  réagir. Ils auraient même refusé de s’en prendre à des civils. Pour des raisons inexplicables et pas encore expliquées jusqu’à ce jour, juste après, il y aurait eut des coups de feu en provenance d’on ne sait où et tirés par on ne sait qui ? Les témoins oculaires pris de panique dans la cohue d’une débandade générale ne pouvaient donner des précisions là-dessus. Seules les déclarations faites à la presse par Yrmand, Tsimiondra et consorts faisant état d’une fusillade en règle, d’incendie et de pillages sur le site minier. Les documents vidéo visibles sur les  sites des réseaux sociaux aussi permettaient d’avoir une toute petite idée de ce qui s’est réellement passé là-bas.

Les orateurs entourés par l’association Zanak’Androy exigeaient la restitution du corps de Mandignisoa porté disparu et présumé tué durant l’attaque perpétrée par des militaires. Ceux qui avaient pris la parole pour ameuter la presse avaient même affirmé qu’un lot de pierres précieuses d’une valeur de l’ordre d’un milliard d’Ariary aurait été dérobé lors de cette attaque perpétrée par des militaires en uniformes affectés au service de la Présidence. Jusqu’à cet incident regrettable, l’intervention manu militari du 22 février dernier à Marotsipoy l’objectif d’Alphonse et consorts était d’en déloger les équipes de mineurs  travaillant pour le compte conduits de Jean Yrmand. Avec la tournure prise par la démarche, les victimes alertent les autorités.

A noter que ces péripéties judiciaires opposant des exploitants miniers ont eu lieu moins de six mois avant la tuerie de Tsiroanomandy. Une bavure scandaleuse que les  actuels sénateurs Fabergé  et Rehosevo avaient réussi à escamoter sans passer par les  juges. Cette fois-ci, l’une des parties avait le soutien de la fratrie du président Hery Rajaonarimampianina qui n’hésitait pas, au vu et su de tous, à faire de l’ingérence dans les juridictions des  tribunaux.

Le laxisme patent des magistrats sous pression prendra par la suite une issue tragique lorsque les forces de l’ordre s’impliquent de manière musclée pour expulser les partenaires légaux du propriétaire du site minier. L’incident répercuté par les médias étale au grand jour des activités mafieuses, ainsi que les abus d’autorité des gendarmes puis du pasteur, le frère du Chef de l’Etat. Finalement jeté en pâture sur la place publique, l’affaire oblige le président Hery Rajaoanarimampiana à dédouaner son fils accusé d’avoir « participé à une agression ayant provoqué mort d’homme au cours d’une mesure d’expulsion des occupants d’une mine de cristal titane litigieux » dixit les parents de Mandignisoa. Réaction présidentielle tardive et maladroite au regard des multiples interpellations d’une masse d’indignés entraînant un tollé général dans presque toutes les rédactions de la capitale.

Une plainte a été déposée devant le juge contre le propriétaire de la carrière et le nommé Mathieu qui serait un fils de Hery Rajaonarimampianina. A ce stade de la confrontation entre les deux parties, ce sera la parole des plaignants contre celles des accusés surtout que les dits victimes soulèvent la disparition de l’un d’eux. Gravement blessé par balle d’après la dernière personne qui aurait vue celui-ci.  Quoi qu’il en soit, à contre-pied des versions officielles sur cette fusillade à Marotsipoy,  la publication par RFI d’une révélation assez surprenante  sur des détails préoccupants de cette affaire dérange l’opinion. Une dépêche de Sarah Tetaud publiée le 05.03.2016 rapporte que « Matthieu Rakotoarimanana, fils du président de la République malgache, aurait été impliqué dans une fusillade le 21 février dernier. Si avant-hier, la gendarmerie ainsi que la garde présidentielle avaient confirmé la présence du fils du président de la République sur les lieux, ce n’était plus le cas hier ». L’auteur de l’article ajoute : « (Jeudi 3 mars) Le rapport des gendarmes confirme bien la présence du fils du président à la carrière de cristal titane. Muni d’une ordonnance du tribunal, accompagné d’un huissier et d’éléments des forces de l’ordre, il revendique l’exploitation. Mais les mineurs contestent les documents, comme cet homme, témoin de la scène (qui raconte) »

Ces derniers temps, la justice malgache a été houspillée par le public. Les retombées des rapts de Toamasina avec la mise en accusation d’un magistrat, le transfert illégal de devises de Nicole Andrianarison, les frasques douanières  de  Mbola Rajaonah, les trafics de bois de rose à la sauce  singapourienne et thaïlandaise de Bangkok restent encore en travers de la gorge de quelques juges et barons du HVM qu’en haut lieu, ils ne doivent plus dormir tranquille la nuit…