Les vraies raisons du limogeage du ministre Fienena

A Farahantsana, Mahitsy, le président de la république avertit urbi et orbi qu’il va prendre des sanctions contre les responsables des délestages. En clair, et si le bon sens est la chose au monde la mieux partagée, cela signifie qu’il doit limoger tous les membres du gouvernement, y compris le Premier ministre. Depuis le temps que tous les gens sensés réclament leur tête, un changement de gouvernement aurait été un beau coup politique pour se refaire une popularité à moindre frais et un regain d confiance. Et, s’il ne s’agissait que de mettre fin au délestage, récupérer le ministre…Richard Fienena.

Il faudrait que Hery Rajaonarimampiainina comprenne qu’un président ne doit pas se laisser entraîner par la tentation de la démagogie, car toute parole qu’il prononce est passé au crible par ceux qu’on appelle les observateurs avisés. Ceux qui savent ce qui se passe dans les coulisses du grand théâtre du jeu politique, s’amusent souvent des grandes envolées lyriques des princes qui gouvernent des canards sauvages.

Car le délestage n’est pas le fait de Fienena Richard, ministre de l’Energie évincé comme bouc émissaire, mais, principe de responsabilité collégiale oblige, des membres du gouvernement qui ont refusé les solutions drastiques qu’il avait proposées et pour lesquelles on lui a coupé la tête. La preuve ? Le ministre intérimaire, le général Herilanto Raveloarison, reprend les fondamentaux de son prédécesseur, dont par exemple, la transformation de la Jirama en société commerciale. 

L’assemblée nationale va débattre lors de cette seconde session ordinaire, du délestage dont la solution immédiate est d’ordre économique : il faut payer les fournisseurs à hauteur de ses ambitions. Le délestage est plus économique que technique. L’ancien ministre l’a dit et redit, mais au vu de ce qui lui est arrivé, il n’est pire sourds que ceux qui ne veulent rien entendre.

Car que voulez Richard Fienena comme mesure d’urgence ? Vous ne voulez plus de délestage ? Payez. Il faudrait, et c’est la moindre des choses, demandez à monsieur le ministre des Finances et du Budget, et donc au gouvernement tout entier, pourquoi il ne débloque par des fonds pour payer les factures. Cela permettra au moins de corriger des désagréments socio-politiques pour gagner du temps et activer le processus de financement déjà engrangé par le ministre sortant auprès de la Banque mondiale.

Les textes régissant la société d’Etat sont clairs. Si la Jirama n’arrive pas, pour une raison ou une autre, à payer ses factures, c’est l’Etat qui paie. La société nationale de l’Electricité et de l’Eau appartient à l’Etat et en cas de défaillances de tous ordres, le propriétaire paie les factures ou quitte le navire. C’est une vérité universelle. Le ministre Razafindravonona connait pertinemment l’article 19 de la loi n°98-032 portant réforme du secteur de l’Electricité. Le manque d’argent ne constitue pas un argument convaincant quand on voit les aberrations de la gabegie et du laxisme dans la gestion de la société d’Etat.

Quand, à bout de patience certainement,  le ministre de l’Energie crève  l’abcès et annonce son projet d’audit, il signe son arrêt de mort. Quand, Richard Fienena avance l’idée de reconsidérer ou de passer au peigne fin, les conventions passées avec  les sociétés pétrolières, il sait qu’à moins d’un miracle, il ne pourrait rester en place. 

Le ministère auprès de la Présidence en charge des Ressources stratégiques auquel incombe d’éventuelles renégociations, ne s’y aventurera pas. Trop d’intérêts sont en jeu.  L’exercice exige une sacrée carrure professionnelle et politique que le « raiamandreny » Lalaharisaina Joéli Valérien n’a pas. 

Et enfin, qui n’est pas le moindre, la Jirama ne peut se laver les mains de ses propres turpitudes à commencer par Désiré Rasidy, directeur général d’une inamovibilité indécente. Mais, pour affronter le corporatisme exacerbé d’une société d’Etat dont le personnel menace de faire grève chaque fois que l’on touche à ses intérêts d’ordre alimentaire, il faut plus un DG sans peur et sans reproche qu’un hiérarque endormi dans son fauteuil et bercé par ses avantages.

Mais quand on sait que les bailleurs de fonds vont voler au secours de la Jirama, suite à l’entregent de Richard Fienena, le limogeage s’explique. Il est chiffré à 79 millions de dollars et des poussières. On n’attend plus que la finalisation de ce financement octroyé par la banque mondiale pour sauver la Jirama et la réhabiliter. Richard Fienena mis hors circuit, le régime Rajaonarimampianina pourra profiter et se glorifier d’un succès qui n’est pas le sien.  Et, bien entendu, se nourrir grassement des miettes.

  • Bilotte

    Bsr, en début d’article vous faites référence au « bon sens », merci de m’expliquer clairement comment cette notion est perçu à Madagascar, quelle explication donne-t-on ? Si cette notion est la plus partagée dans le monde, Madagascar a été exclus !