Madagascar renoue avec la tentation de l’extraconstitutionnel

 

La nomination de Jean Ravelonarivo connaît déjà un début de polémique sur la constitutionalité du décret présidentiel. Et d’un. Et de deux, elle ne peut déboucher que sur une crise de régime et renforcer la malédiction de l’extraconstitutionnel pour détourner le sommet des Cinq.

Pour une énième fois, Madagascar risque de renouer avec ses vieux démons de l’extra constitutionalité. En 1991, le premier ministre Guy Willy Razanamasy a réussi une Convention dite du Panorama, pour sauver le pays de la crise « Forces vives ». Début octobre 2014, en pleine Quatrième république, l’on entend beaucoup parler d’une Convention dite du 14 octobre, mais cette fois-ci, pour sauver des fauteuils déstabilisés par l’incurie. Convention ou manœuvres du sérail, c’est du pareil au même. Une poignée de hautes personnalités, membres du gouvernement et du sérail d’Ambohitsorohitra, veulent sauver leurs meubles avant que la maison brûle et que le pouvoir si décrié depuis quelques mois, ne coule. Autant vite confectionner un radeau de sauvetage. C’est cela l’esprit qui fait actuellement polémique. Il y a une constitution, des institutions, des élus etcetera et, subitement, des personnalités trouvent subitement la lumineuse idée d’une convention, d’un rassemblement politique, qui sous couvert d’aider un Président noyé dans les problèmes de la sortie de crise, veulent piloter remaniement ou changement de gouvernement, voire dissolution du Parlement. On comprend bien ce qui démange et où le bât blesse certains. Une forte zone de turbulences menace le pouvoir fraîchement établi sur lequel, ils pensaient faire leur lit. La menace est sérieuse, comme l’annonce l’éviction de Kolo Roger et la nomination de Jean Ravelonarivo. C’est là le principal intérêt l’extraconstitutionnalité. L’argument permet de contourner la constitution, l’éternelle empêcheuse de croquer et de piller.

Les vieux démons de l’extraconstitutionnel ne sont pas morts et la conjoncture va les ressusciter et ce ne sera pas la première fois dans l’histoire du pays. La nomination du Premier ministre est tout, sauf convaincante de sa constitutionnalité. Jusqu’à maintenant, les groupes parlementaires sont tout, sauf de vrais groupes parlementaires, les partis sont tout, sauf de vrais partis. Les hiérarques de nos palais ont vu le danger, d’où la Convention. La Grande île n’a jamais fait montre de culture de la Constitution. Quand la communauté internationale sérine ou entonne la litanie du retour à l’ordre constitutionnel, il faudrait savoir de quel ordre constitutionnel, elle parle. Tout au plus, nos crises sont à chaque fois, blanchies par une constitution après coup, sur mesure, à la mesure du vainqueur. En un demi-siècle d’Indépendance, et de République, il n’y aura eu qu’une seule alternance démocratique au sommet de l’Etat : en 1996, Albert Zafy s’est effacé volontairement devant la victoire de Didier Ratsiraka à la présidentielle, même si ladite victoire était des plus sujettes à caution. Le prof aurait pu s’accrocher, se battre et infliger des années de crise au peuple le plus pauvre du monde qui n’a rien à voir avec la lutte pour le pouvoir, sauf pour en faire les frais. Pour cela, il sera beaucoup pardonné à l’homme au chapeau de paille. Il y a gagné le titre de Père de la démocratie, même si le titre est un peu surfait au vu des évolutions du prof sur l’échiquier politique pendant la crise 2009. Bref, depuis 1960, année de l’Indépendance, la Grande île aura eu 11 chefs de l’Etat, dont 5 sont parvenus au pouvoir par un putsch, entendre par la voie extraconstitutionnelle.

La pratique n’a d’ailleurs fait vraiment problème qu’en 2009. La Grande île Pour le reste, le règlement s’est fait par gentlemen agreement ou l’exil de l’adversaire ou la pression internationale. En tout cas, il n’a jamais été question de Constitution après la chute de Tsiranana (1972), le départ du général Ramanantsoa (1975), l’assassinat de Ratsimandrava (1975), l’empêchement d’Albert Zafy, le forcing de Ravalomanana en 2002, sa fuite en 2009, l’arrivée au pouvoir de Andry Rajoelina puis son éviction en 2013. Puis Hery rajaonarimampianina enchaîne les nominations contestées comme extraconstitutionnelles de Kolo Roger et de Jen Ravelonarivo. Le général Ramanantsoa, le colonel Ratsimandrava, le général Gilles Andriamahazo (président du Directoire militaire), Norbert Lala Ratsirahonana après l’empêchement d’Albert Zafy, Ravalomanana avant l’arrêt accouché au forceps au niveau de la Haute Cour Constituitionnelle et Andry Rajoelina, sous la Transition, n’auront été que des chefs de l’Etat par pis aller, mais toléré par la bienveillance intéressée de l’aveuglement volontaire de la Communauté internationale. Huit mois après le fameux discours d’investiture, on finit par se rendre compte qu’il y a plus de vent que de substance dans toutes les belles déclarations du pouvoir. Faute de réelles compétences et de vraies qualités humaines, nos hommes politiques enfourchent le vieux cheval de bataille, celui qui leur a toujours réussi, mais a quasiment détruit la nation, la tentation de l’’extraconstitutionnel.