MMA version illégale : le nouveau hobby des riches à Madagascar

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Le « Mixed martial art » ou MMA est une nouvelle discipline d’art combiné qui a vu le jour dans les années 90 aux Etats Unis et qui vient récemment d’être importée à Madagascar. Actuellement, ils sont environ une cinquantaine de combattants reconnus comme « pro » à pratiquer le MMA dans le pays. En attendant la mise en place officielle des structures légales du MMA pour ne citer que la fédération, la version « underground » (en langage de rue) n’a pas tardé à prendre le dessus. Des combats sont régulièrement organisés dans des endroits inattendus de la capitale.

Contrairement à sa première vocation à ses débuts, qu’était le combat de rue, le MMA version illégale se déroule actuellement dans de somptueuses villas ou dans d’espèce de sous-sol de propriétés hyper – luxueuses des nantis à Madagascar. Et les paris peuvent s’élever jusqu’à des milliards d’ariary durant les soirées spéciales.

Moyens et gros paris

Pour la plupart des cas, les invitations pour les soirées se font sur les réseaux sociaux ou par téléphone. Sauf qu’il n’y a jamais de détails dans les échanges et les conversations. Ce qui peut paraître comme une simple invitation à une soirée banale cache bien des choses. au départ, les invitations se faisaient de bouche à oreille, d’après notre premier témoin, un garde du corps.

Les endroits où se déroulent les combats changent souvent. Ivato, Ivandry, Tanjombato, Ambohibao : en quelques semaines d’investigation, nous n’avons jamais assisté à un combat au même endroit, dans une même propriété. C’est pareil pour le jour de la soirée. Même si le week-end semble être le plus prisé, il y a des combats qui sont quand même organisés les soirs durant la semaine.

En ce qui concerne la prime, chaque combattant reçoit tout d’abord une somme en guise de salaire ou de motivation suivant sa côte. En moyenne, elle est entre 300.000 et 500.000 ariary. Ce, juste avant même d’engager le combat. Lors d’une soirée bien remplie, Lava (surnom) a reçu 1.000.000 d’ariary, bien avant même d’entrer sur le ring.

« Avant, j’étais dans l’armée. Maintenant, je travaille en tant que garde du corps. Je m’entraine beaucoup. Quand il y a une soirée et que j’y suis convié pour combattre, je ne dis jamais non. C’est un moyen pour moi d’arrondir les fins de mois, de gagner de l’argent facile et de profiter de la montée d’adrénaline. C’est ma dope » a-t-il confié.

Après le combat, une prime existe pour les vainqueurs. Le montant de ladite prime est illimité, comme il dépend surtout des parieurs. « Si on est un poulain préféré d’un patron généreux et qui a surtout gagné beaucoup de paris, on peut se faire un max de pognon après une victoire. Surtout, quand il s’agit d’une série de victoires enchaînées dans la même soirée. Une fois, je suis rentré chez moi avec 10 millions d’ariary. De quoi ravir ma femme et gâter mes enfants » a révélé un autre combattant très côté, surnommé Diable. Ce dernier est très connu dans le monde du sport de combat à Madagascar.

Pour les joueurs, les paris ne sont pas limités. Ça peut aller de quelques millions d’ariary jusqu’à des milliards d’ariary, suivant la côte des combattants et la montée de testostérone chez les parieurs. Néanmoins, les paris atteignent des sommes faramineuses notamment lors des soirées spéciales, durant lesquelles on peut assister jusqu’à plus d’une dizaine de combats, d’après les confidences d’une connaissance, de surcroît enfant de riche.

Accès privilégié

Après plus d’un mois de recherche d’info et de connexion, nous avons réussi à infiltrer ce réseau. En effet, le cercle de ce genre de personnalités étant très fermé, il n’y a que 4 moyens identifiés pour pouvoir y entrer.

Premièrement, être membre et en même temps être un gros joueur de ce cercle très « Select » , étrangers comme malgaches tous confondus, d’où les gros paris. Deuxièmement, faire partie de leur personnel en particulier le soir (garde du corps, serveur ou serveuse, escort-girl, etc.). Troisièmement, être un combattant recommandé, ou être manager d’un combattant.  Quatrièmement, mais c’est le moins évident, être un ami privilégié et introduit par un membre influent du cercle et reconnu comme étant un gros joueur avec des moyens conséquents.

Pour notre part, il nous a fallu au début nous contenter d’infiltrer le personnel. En parallèle, nous avons également pu infiltrer le groupe des combattants et de leurs managers, avant de revoir une vieille connaissance.

« Après presque 10 ans d’études à l’étranger, j’ai décidé de rentrer au pays pour seconder mon père dans ses affaires. Il a toujours été friand des paris et des combats de coqs, avant que le MMA ne débarque à Madagascar. C’est ainsi qu’il a acheté un ring spécial et le tatami, et s’est fait aménager la propriété pour installer cette salle. La fréquence d’organisation des combats dépend surtout des joueurs et ensuite de la disponibilité des combattants. En tout cas, ça peut rapporter gros et c’est surtout un moyen de décompresser d’une autre manière. Durant les combats, il n’y a qu’une seule interdiction, à savoir celle de donner des coups dans les points vitaux comme les organes génitaux et celle de tuer son adversaire. Néanmoins, j’ai entendu pas mal d’histoire chez d’autres gens, comme quoi il y aurait eu des morts, mais je n’ai jamais cherché à confirmer. Du moment que tout se passe dans les règles chez nous, c’est le plus important pour moi. Ce qui se passe chez les autres ne me regarde pas. Par exemple, il y a ceux qui osent jusqu’à mettre en jeu la carte grise de leur véhicule, d’autres, la clé de leur villa, etc. Vous comprenez bien qu’à ce stade-là, ce n’est plus qu’un banal pari. Mais une fois encore, ça ne regarde personne. Chacun s’amuse à sa manière » s’est-il exprimé.