Niry Jules, disparition d’un pionnier malgache de l’e-entrepreunariat

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« Dans cinq ans, j’espère me voir aussi « jeune » qu’aujourd’hui ! En tous cas, toujours dynamique, avec beaucoup d’envie de créer, et surtout de réussite ». C’est ce qu’a déclaré Niry Jules dans une interview accordée au site de l’agence de communication « Redsakay », en juillet 2013. Il restera effectivement toujours jeune, dynamique avec beaucoup d’envie de créer et de réussite. Mais le temps ne lui accordera pas les cinq ans. Niry Jules a rejoint le ciel le même jour que celui de Marie, le vendredi d’Assomption. Une disparition brutale qui a consterné ses amis et connaissances. 

Ancien du lycée français d’Antananarivo, promotion 1988 (l’old school qui n’a pas connu Ambatobe), Niry Jules part en France après avoir décroché son bac B (actuellement ES) et effectué son service national. Il décroche alors une maîtrise en gestion à l’université de Créteil. S’ensuit un parcours du combattant, dans le bon sens du terme, dans le milieu professionnel : un passage en Salle de marché à la CDC d’abord, puis recyclage dans le net en devenant chef de publicité web chez Mediatris avant d’intégrer le start-up Hi Media Technologies en tant que directeur de clientèle. Il y puisera les idées qui lui permettra de propulser le portail sobika.com, qu’il lance en 2000, comme étant le site web n°1 de la diaspora. 

Au départ un site perso, un blog avant la lettre, sobika.com deviendra vite un site communautaire, celui des Malgaches de France et d’ailleurs avec 30.000 visiteurs uniques par mois. En quelques années, il transforme le site en une  affaire prospère en commercialisant l’espace publicitaire. Son secret ? Un concept personnel d’e-publicité devenu un standard de vente pour les autres sites malgaches. 

Concept personnel devenu standard

« Nous n’offrons aucun CPC (coût au clic) ou CPM (coût pour mille). Pour convaincre nos annonceurs, nous avons choisi la simplicité avec un modèle de vente par emplacement avec un minimum de visiteurs garantis. Cela se situe entre la presse et la télé. Ainsi, nous vendons au forfait la page d’accueil, par mois ou par semaine, comme une quatrième de couverture presse, avec toutefois un minimum de visiteurs garantis (…) Cela a un gros avantage car nous ne sommes ni dépendants de solutions technologiques d’ad servers ni prisonniers des taux de clics. Nous vendons plutôt de la réclame », a-t-il expliqué au « Journal du Net », en 2003. 

Il se séparera de sobika.com en 2010, non sans avoir empoché une jolie somme de son acquéreur, Mamy Ravatomanga, businessman et accessoirement Conseiller spécial du président de la Transition, Andry Rajoelina. 

Niry Jules fondera alors le magazine « Watsa » où il entend apporter également sa propre touche, des idées innovatrices. « Nous avons choisi d’avoir d’abord des acheteurs, une cible (CSP+) et ensuite d’avoir des annonceurs qui correspondent à notre support mais sur un coût moins cher puisque la fabrication du magazine est financé aussi par les acheteurs et non à 100% par les annonceurs », confie-t-il au site de « Redsakay ». Malgré tout, il estimait que « le digital va prendre le pas sur la presse d’ici 15 ans. Faire une publicité sur Facebook revient 10 fois moins cher qu’une pub papier ». C’est ainsi qu’il a également fondé Madaclic, une société de prestations de service en webmarketing. 

Niry Jules aura donc laissé ses empreintes dans le paysage médiatique malgache. Mais pas seulement. Durant ses années collèges, il a déjà marqué le monde sportif par ses performances : champion de Madagascar de natation en 100m brasse et en 200m brasse. Ce qui n’étonne que ceux qui ignorent son nom de famille, Ratsifandrihamanana, une tribu de sportifs et d’écrivains.

Enfin, Niry Jules était aussi DJ dans ses heures perdues. Pionnier de la house, il était DJ résident du Café Jade à l’Odéon (Paris) pendant des années. Il a également mixé dans différents endroits : le « Dépanneur » à Pigalle, le « Néo » aux Halles et à « l’Astoria » à Massy, entre autres. 

En disparaissant, il laisse une musique dont les notes doivent trotter dans la tête des entrepreneurs en herbe : « vivre de ses projets professionnels est un accomplissement personnel. Entreprendre est une mise à l’épreuve de soi. C’est vraiment épanouissant en fin de compte »