Petites histoires tananariviennes pour Halloween

Dans la Grande ile, beaucoup  affirment une croyance inébranlable à la réalité du…surnaturel. Si les fantômes existent, il est des  maisons et sites présumés hantés, comme à Mahamasina-est, en plein cœur de la capitale.

La nouvelle lune est le moment le plus propice pour les apparitions paranormales selon Rakoto, 74 ans, concierge d’une maison présumée hantée depuis 1967.  Récit d’une expérience.

A 20h tapantes, le vieux Rakoto, accompagné d’un voisin,  est venu nous accueillir, mon photographe et moi. La  première consigne est simple : pas de photo d’extérieur  du bâtiment. Il risquerait de perdre son travail.  La seconde est classique : ne pas uriner n’importe où et surtout pas, dans la cour.  Les « êtres » qui hanteraient le bâtiment seraient des fantômes à l’apparence de « vazaha » (ndlr : européen). Historiquement, le site  servait, sous la colonisation,  à abriter des militaires français et sénégalais, leurs auxiliaires d’antan. Il se transforma ensuite en infirmerie et en maison de soins, puis en bureaux.

Dans le silence et le noir le plus total, Rakoto nous dirige  à l’étage du premier bâtiment. Ce dernier n’est plus du tout habité, et personne n’y passe le soir. Seule une poignée d’employés y travaille et dans la journée uniquement.

Une fois arrivés, nous nous sommes assis autour d’une table. A quatre, on était parti pour une attente interminable dans la nuit sombre.

Des bruits de pas dans l’escalier

A 21h15, alors que je chuchote avec  Rakoto, un bruit sec se vient de la pièce d’à côté. Plus  personne n’a bougé. A peine quelques secondes de blanc, des bruits de pas se sont distinctement fait entendre, montant l’escalier. Je demande à Rakoto si la porte principale est bien fermée. Il acquiesce d’un simple hochement de tête.  Muni d’une petite lampe frontale, je demande à mon photographe tétanisé par la peur de me suivre. Ra-Commando s’est tout de suite levé. Arrivés en bas, nous demandons à trois reprises s’il y a quelqu’un. Aucune réponse. Nous vérifions  que tout est bien fermé et remontons pour rejoindre les autres. 

La fenêtre sur  le vide

Les  bruits recommencent. Cette fois-ci, c’est comme si quelqu’un frappait à la porte d’en bas et essayait en même temps de manœuvrer  la poignée. 5 minutes après, on frappe à la fenêtre, environ à deux mètres derrière nous. Des « toc – toc » insistants et bien distincts. Je m’approche de la fenêtre et essaie de regarder à travers les volets aidé par  ma lampe frontale. N’ayant rien vu, je demande  à Mr Rakoto s’il y a une autre pièce derrière ladite fenêtre. Il  répond

oui, sans hésitation, mais Ra-Commando soutient paradoxalement  le contraire.  Je redescends avec ce dernier. Une fois dans la cour, il me désigne effectivement une fenêtre. Mais, elle donne directement dans le vide, à plus de 4 mètres.

maison hantée extérieur

Dix ans avec des fantômes

Il était déjà 22h 20 à ma montre. Mr Rakoto raconte sa vie.

« Quand j’ai été embauché ici comme simple gardien. Pendant une dizaine d’années, on a dormi dans cette pièce. J’ai 8 enfants. Les plus grands dormaient à côté. Ma femme et moi, avec les 3 petites en bas âge, dans cette pièce. Il y a des endroits précis pour les apparitions. Mais à chacune de leur venue, c’est toujours la même chose. Il y a d’abord de forts courants d’air alors que tout est fermé. Brusquement, un des volets s’ouvre, livrant une lumière blanchâtre. Et Il se tient là. Le matoatoa  (ndlr : fantôme) du vazaha flotte vêtu d’une longue robe blanche. Il ne dit jamais rien, il nous fixe juste du regard pendant un bon laps de temps. Puis il repart, comme si de rien n’était.

Habituellement, ça ne rate jamais vers minuit, quand c’est la nouvelle lune. Quand mes filles étaient encore petites, elles se réveillaient souvent en pleurant. En fait, le matoatoa les jetait toutes les 3 hors du lit à l’époque. Vous savez, à mon âge et après tout ce qu’on a enduré ici depuis 1967, on finit par s’habituer à la peur. Les fantômes  font partie de notre quotidien. C’est pourquoi, je ne me suis jamais plaint de ces apparitions. »  Le bâtiment est devenu un bureau. Mais même en plein jour, aucun des employés ne s’y attarde jamais seul de jour comme de nuit car il y  a toujours des « choses », même dehors. Il montre un manguier dans la cour au coin des escaliers, près du portail. 

Homme ou femme ?

Beby, 50 ans,  la cadette de ses trois filles, prend le relais de son père. « J’avais 8 ans à l’époque.  Les nuits, quelque chose nous jetait violemment par terre, toutes les 3. Parfois même, nos parents n’entendaient rien du tout, alors que nos lits étaient côte à côte. Cependant, on n’a jamais vu le matoatoa homme. Contrairement à notre père et à nos frères, on ne voit qu’une dame blanche habillée de blanc. Visiblement, c’est une vazaha aux longs cheveux. »

maison hantée antananarivo

Des rafales de cailloux  venues de nulle part

Ra-Commando a aujourd’hui 51 ans. Il habite ce quartier depuis sa tendre enfance, il n’a jamais vu d’apparitions, mais se dit plutôt victime d’ « êtres » invisibles. « Quand on était petit, raconte t-il, on aimait jouer au foot avec les fils de Rakoto dans la cour de ce bâtiment, jusqu’à la nuit tombée, surtout quand c’est la pleine lune. Plus d’une fois, des rafales de cailloux venus de nulle part  nous dispersaient, comme si on voulait nous chasser de l’endroit. 

Des  riverains parlent d’une « femme » postée  dans le coin des escaliers à l’entrée du portail. Adolescent, je suis même déjà allé avec des amis au 3.620 Ampamarinana. C’était à l’époque,  l’adresse exacte de cet endroit connu de tous les habitants d’ici, comme étant le plus hanté des alentours du fait que c’était une prison du temps de Gallieni. Il s’y passe toujours, des choses  inexplicables», termine t-il.

Autres histoires de fantômes

Le bébé du 3ème étage

Tous les riverains connaissent bien cet immeuble d’Ankadifotsy. Le propriétaire ne voulait rien entendre.  « Il ne veut pas parce qu’il a peur que vous ne divulguiez l’adresse et que plus personne ne veuille louer. Il a déjà du mal avec les rumeurs colportées par les locataires successifs depuis les années 90.»

Le 3ème étage de cette habitation n’a pas une réputation usurpée d’être hantée. « J’en ai personnellement fait l’expérience », témoigne une commerçante du quartier, actuellement propriétaire d’une boutique de prêt à porter.  Elle rapporte les coups violents et invisibles, les cheveux que l’on tire, les lumières qui s’éteignent brusquement ou les portes qui claquent  etc…

Un ami confirme. « A l’époque, c’était il y a 20 ans, nous avons fait la bringue au jardin d’Antaninarenina. Au moment de rentrer, vers 2h du matin, un homme très bien habillé est sorti d’une luxueuse voiture pour nous demander de rester encore. On était étonné de voir cette petite famille, passer la nuit dans leur voiture. Elle comporte un nourrisson. Le père de famille avoue qu’ils ne peuvent plus rentrer chez eux la nuit. Leur appartement était exactement au  3ème étage de l’immeuble d’Ankadifotsy.  Le père de famille  révèle que le premier jour de leur emménagement, il a posé le nourrisson dans son berceau, et le bébé a lévité tout seul. »

Les fosses communes de la Haute ville

Notre troisième témoin est une dame respectable, bien connue du milieu culturel. Par suite d’une expérience personnelle, elle déconseille vivement la construction ou l’achat d’habitation du côté d’Ambohipotsy, sur la Haute Ville.

« Au début, raconte-t-elle, tout a commencé par des bruits de pas inexpliqués. Puis, ça s’est aggravé. Quand je m’allonge sur le  lit, je ressens la présence d’une femme, que par la suite, j’ai vu de mes propres yeux. Des bruits en tout genre se font entendre alors qu’il n’y a personne etcetera. J’ai quitté la maison. Plus tard, j’ai appris que bon nombre d’habitations de cette partie de la ville sont construites sur d’anciennes fosses communes et d’anciens tombeaux »

Des traces de pas sur le plafond

Mon dernier témoin est un jeune homme, un commercial dans  l’agroalimentaire. Il avait 25 ans et  vécu  l’expérience du paranormal du côté d’Ambatoroka.  « Je vivais encore avec notre mère. Nous avons cherché à louer une maison. On a finit par Ambatoroka. Seule condition posée par le propriétaire : 4 mois de loyer, non remboursable, à l’avance. Le premier soir, ma mère, complètement affolée, m’a réveillé en catastrophe. Il devait être 21h. Elle a pris son sac, et m’a obligé de lui trouver un taxi et un hôtel. Au retour, on  a vu des traces de pas SUR le plafond de sa chambre. Des traces qui ont continué SUR le plafond du salon, jusque dans les couloirs. Alors que la peinture avait été totalement refaite quand nous avions effectué la visite avant de signer le bail. Sa chambre était sens dessus-dessous, alors que  je connais bien ma mère et son côté maniaque du rangement. Ce n’est qu’à ce moment que j’ai été terrifié. »

Avec un cousin, on a décidé de fermer la maison et de ne plus y revenir, et surtout pas  pour y  célébrer Halloween !

  • tlitakely

    hahaha! assez flippant 😀

  • Nicolas

    Agir sur la peur pour chasser les occupants et s’accaparer les lieux! Une stratégie à appliquer du côté des bidons villes de Tana…