Le problème Ravalomanana est une question de confiance

Danger imminent. Le Sefafi , Observatoire de la Vie Publique,  penche pour  une grâce et  ou une amnistie  pour en finir une bonne fois pour toute avec la gangrène politique qui mine le pays depuis, disons 2002 et qu’est venue amplifier la crise 2009. Où est le danger ? C’est que personne ne semble comprendre ou ne veut comprendre que la criminalité est fonction de  l’impunité de la récidive. Qui vole un œuf, vole un bœuf. Qui a bu, boira. Une grâce ou une amnistie octroyée par fatigue ou pour ras-le-bol  pourrait s’apparenter à une capitulation en rase campagne devant le mal qui aurait gagné la victoire à l’usure.

Mesurée à cette aune, Marc Ravalomanana aura gagné son combat par sa persévérance à ne pas céder d’un pouce dans ses exigences. Comme quoi, l’entêtement finit toujours par payer. La Sefafi aura sans doute fini par admettre que les moeurs étant, il vaut mieux faire avec et compter sur les générations futures pour sauver le pays.  Et espérer que faute de véritable réconciliation, une réconciliation de façade est préférable à pas de réconciliation de tout. Au moins, un pas aura été fait, mais les risques sont énormes, dont le principal sera l’extension du mal profond dont Madagascar souffre depuis un demi-siècle d’indépendance.

C’est là  le danger. Il pourrait désormais être tenu pour acquis que tout crime quel qu’il soit peut bénéficier d’une absolution pleine et entière, à condition d’être un homme politique. Mais, tout le monde sait qu’une fois sorti du confessionnal, rien n’est jamais sûr en ce qui concerne les risques de la récidive. Notre histoire est pavée d’autant de bonnes intentions que de récidives dans le péché originel de notre politique maison. C’est le problème de l’affaire Ravalomanana. 

La confiance ne règne pas car il y a eu des précédents. La stratégie délibérée de l’atermoiement et de l’opacité adoptée  par le Président de la république relève certes, des mesures prudentielles normales, mais   sont révélateurs d’un pays qui pendant plus d’un demi-siècle d’indépendance, continue d’être la victime impuissante des turpitudes de ses dirigeants.

Dieu garde le Sefafi, parangon de l’opinion publique agissante ou  de la culture républicaine de bonne gouvernance, de la tentation de sacrifier les principes et les valeurs sur l’autel  de la real politik ou du ras-le-bol. Un tableau noir s’efface mais permet de tout réécrire. Par ailleurs, l’on est aussi en droit de s’étonner de cette idée de sommet entre ses  quatre prédécesseurs et  Hery Rajaonarimampianina. Et là aussi, pour mettre une fois pour toute, un trait  sur le passé. L’on se demande si l’initiateur de cette idée si lumineuse de simplicité a bien les yeux en face des trous, sans mauvais jeux de mot et sauf respect à l’Amiral.   

Ni Didier ni Zafy ni Ravalomanana i Andry Rajoelina ne sont plus des références. Le temps est passé par là et leur histoire politique ne plaide pas en la faveur d’un quelconque apport positif en matière de règlement de crise. Si leur nom est resté dans l’histoire et dans les mémoires c’est bien qu’en matière de crise, ils s’y connaissent.  Et  non dans le processus d’un changement  drastique  dans les mœurs.  La preuve ? Le camp Hery Rajaonarimampianina se révèle de jour en jour et de plus en plus comme un pur produit de la tradition. Celle des cireurs de pompes, des porte-encensoir, des flagorneurs  professionnels ou des girouettes tournant aux quatre vents et dont l’argumentaire principal sera celui de l’adoration perpétuelle d’un Leader respecté et bien aimé, comme les Coréens du Nord parlent des Kim il Song et fils. 

Il s’agit de toute une nébuleuse à beaucoup de trous noirs et faite de myriades de planètes d’intérêts liés et divergents, ce qui ne facilite pas les choses. Cela se voit au niveau d’un parlement ingérable et de parlementaires impécunieux, ce qui  paradoxalement d’ailleurs en  facilite énormément la gestion.

Il suffit de payer.

La situation explique que le problème de l’Ex a donc ini par quitter la sphère gérée par la loi pour se traiter dans l’opacité de l’informel. Seulement, si les rumeurs parlent d’une rencontre secrète entre l’Ex et l’actuel et que l’actuel donne la curieuse impression d’avoir la tentation de « moduler » l’application des règles de l’Etat de droit pour faciliter l’apaisement, c’est que l’Etat de droit commence à perdre  au bénéfice des petits ou gros arrangements. L’on s’inquiète de ce qu’aurait pu penser le Sefafi sur une amnistie bradée et à la tête d’un client, mais l’on s’inquiète encore plus d’un traité de paix passé entre deux complices ou deux parrains. Quand l’on sait que toute amnistie passe par les députés dont on connaît le mode de fonctionnement et le…prix, le piège serait de faire croire que la loi d’amnistie, seule, sera la panacée ou le remède universel   pour tous les maux dont souffre Madagascar.