Réconciliation nationale initiée par le FFKM: Dans l’intérêt de qui ?

Jusqu’à preuve du contraire, Madagascar reste un Etat laïc, de par l’actuelle Constitution. Aujourd’hui pourtant, on constate que la religion s’est immiscée dans les affaires étatiques. Les observateurs sont en droit de se demander sur quelle base de critère le Conseil œcuménique des églises chrétiennes de Madagascar (FFKM) s’arroge-t-il le titre d’initiateur du processus de réconciliation nationale ? Et qu’en est-il du processus initié en parallèle par le Conseil pour la réconciliation malgache (CRM), la seule institution étatique légalement reconnue par la loi ? D’autres répondront que l’intention est louable, car après tout qui d’autre que les dirigeants religieux peuvent être à même de conduire un processus qui doit aboutir sur l’absolution des péchés pour les uns et au pardon  pour les autres.

Jusqu’à présent, la réconciliation ne concerne au final que cinq personnes, dont deux se sont retirées officiellement du processus. Dans quelle mesure est-il donc possible de parler de réel consensus si les principaux protagonistes ne sont même pas d’accord ? Depuis ses débuts, ce processus initié par le FFKM n’a cessé de se heurter à plusieurs obstacles, dont les intérêts politiques en premier lieu. Son président le pasteur Lala Rasendrahasina, ne cesse de clamer à qui veut bien l’entendre que la réconciliation est faite pourtant dans l’intérêt de la population. Aux yeux de la majorité, ce processus est uniquement réservé aux politiciens et leurs intérêts respectifs. Concrètement, comment un processus qui n’engage que quelques personnalités peut être fait dans l’intérêt de la population ?

En effet, l’opinion publique demeure persuadée de l’inutilité de ce semblant de processus de réconciliation, comme il n’ya a jamais eu, entre autres, de guerre civile à Madagascar. De toute son histoire, la Grande ile n’a jamais connu des événements comme dans la plupart des pays africains. Tout ce qui s’est passé n’était que d’ordre purement politique et entre les politiciens eux-mêmes. Le FFKM dispose d’un pouvoir moral énorme sur le pays, et sa seule évocation permet de légitimer cette fameuse réconciliation nationale. On utilise la puissance du FFKM et de l’endoctrinement religieux pour asseoir le bien-fondé de ce processus qui n’a pourtant aucune finalité concrète pour la population. Il serait grand temps d’arrêter cette mascarade, qui ne sert que d’œillères et de se concentrer sur les problèmes qui gangrènent le pays.

Intérêts inconciliables

Même si les deux anciens présidents Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana tentent tant bien que mal de s’accrocher à ce processus, l’impartialité du FFKM reste suspecte. Pourquoi le FFKM tient-il à poursuivre le processus du 28 avril au 2 mai prochain, alors que deux des cinq principaux chefs de file, que sont le Pr Albert Zafy et l’ancien président de la transition Andry Rajoelina ne sont pas prêts de revenir à la table des négociations ? Pourquoi continuer à s’entêter dans cette voie qui est perdue d’avance ?

De son côté, l’actuel locataire d’Iavoloha continue à revendiquer le titre de « dirigeant » de la réconciliation. Pour Hery Rajaonarimampianina, c’est une manière ou une autre de conforter sa place pour éviter un éventuel partage de pouvoir plus tard. Dans le cas de Marc Ravalomanana, sa seule préoccupation reste pour le moment d’obtenir une liberté totale, sans être inquiété par la justice, et la reprise de ses activités économiques, sans oublier l’objectif 2018.

Le FFKM se heurte à des conflits d’intérêts entre les protagonistes, dans cette optique il est juste impossible qu’il ne parvienne à un quelconque consensus. Il faut arrêter de polluer l’esprit des gens et les manipuler au nom d’une quelconque religion, quelle qu’elle soit.

Quelles sont donc les perspectives d’avenir de ce processus de réconciliation nationale ? Qu’apportera-t-il à la population notamment en matière d’économie et du social?