Sam Pa, l’homme de l’ombre qui tire les ficelles entre la Chine et l’Afrique

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Photo : (c) Russian International Affairs Council – photo non contractuelle

Le dirigeant officieux de la China International Fund est un personnage nébuleux et discret… si le conditionnel reste de rigueur, un récent article du Financial Times lui reconnaît pourtant une influence considérable dans la croissance exponentielle des investissements en Afrique. Et pour cause, la Chine, locomotive de la croissance mondiale, a grand besoin de ressources pour son développement

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Les grands groupes de l’Empire du Soleil Levant voient dans les pays africains des interlocuteurs privilégiés pour maintenir son dynamisme économique. L’Afrique a en effet été le pré carré des multinationales occidentales depuis plus d’un siècle, et l’arrivée de nouveaux concurrents fait grincer des dents. L’avidité de ces sociétés va souvent de pair avec des soupçons de corruption et d’escroquerie. Le nouveau visage du « néocolonialisme », selon la plupart des médias occidentaux. Lesdites sociétés ont pourtant été à bonne école.

Un business tous azimuts, jusqu’à Madagascar

Sam Pa (parmi ses nombreux patronymes) est ainsi l’un des nouveaux magnats des mines et du pétrole. Depuis une décennie, plusieurs dizaines de milliards de dollars de contrats auraient été signés sous son entremise, à travers le 88 Queensway Group. Ce dernier, situé à Hong Kong détient également la filiale de la CIF, China Sonangol (bien implantée en Angola). Lamido Sanusi, ancien gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, compare même l’ « empire » Queensway à celui que le Britannique Cecil Rhodes rêvait de créer un en Afrique Australe.

Dans le Financial Times, l’homme d’affaires portugais Helder Bataglia lui prête un passé dans les services de renseignement chinois, avant de devenir businessman. Son périple le mène notamment à Madagascar, où on le suppose à l’origine du don de 350 4×4 au candidat Camille Vital durant le dernier scrutin de 2013. Le Ministre Guinéen Mahmoud Thiam a également servi d’intermédiaire de la CIF durant les négociations menées avec le pouvoir de Transition. Le projet (avorté) de tramway et de cimenterie  en 2010 aurait également été initié par la Sonangol, qui compte parmi ses dirigeants Lo Fo Hung, une proche collaboratrice de Sam Pa.

Les multinationales face à leurs contradictions

Le réseau de Sam Pa est donc étendu, et la CIF fait des affaires aussi bien avec BP, Total, Glencore, qu’avec des Etats dont les dirigeants sont honnis par la Communauté Internationale (Robert Mugabe, Moussa Dadis Camara). Un fait qui confirme la propension des multinationales à commercer avec des dirigeants controversés au cours de l’Histoire. Le marketing agressif de China International Fund en Afrique laisse penser qu’elle a reçu la bénédiction du gouvernement chinois, ce que ce dernier dément en bloc. 

Mais rien n’est moins sûr. Après tout, le gouvernement français nie toujours l’implication directe de l’Etat dans les agissements de Total. Les Etats-Unis s’attachent aussi à décliner toute responsabilité dans les actions de la firme Monsanto (figure de proue des OGM) tout en mettant la pression pour la signature du TTIP ou Traité Transatlantique. En tout cas, le récent sommet USA-Afrique où la promotion (en filigrane) de firmes telles General Electric, IBM ou Coca Cola n’a pas vraiment fait « mouche ». Le Président Rajaonarimampianina devait en être conscient, à son retour au pays. La tentation chinoise ne s’en fait que plus pressante.