Toute vérité est toujours bonne à dire, les églises y croient

Toute vérité n’est pas bonne à dire, mais en matière politique, elle peut être salutaire. C’est sans doute un petit peu ce que pensent les quatre églises chrétiennes instituées, le FFKM en bref. Quand l’Afrique du sud a voulu assainir les mentalités obscurcies par les réalités de la période noire de l’apartheid, elle a mis en place, les commissions Vérité et Réconciliation. Le pays Arc-en-Ciel aura principalement joué sur les vertus de l’aveu public et du pardon des victimes. Les prédateurs avouent leurs crimes lors d’un forum, en échange d’une amnistie et, en sus du pardon des victimes. Le principe a-t-il réussi à réconcilier la nation Arc-en-ciel avec son passé ? Cela reste encore à voir, des questions sont pendantes, mais les commissions ont tout de même contribué à exorciser le mal du « développement séparé », le scandale raciste du XXème siècle. Pour panser les plaies des crises entre 2002 et 2009, Madagascar a mis en branle des stipulations de la Feuille de route sur une loi d’amnistie et un Conseil « Fampihavanana » malagasy (Conseil national pour la réconciliation). Elles ont été à la source d’une intense polémique sur l’impunité et notamment, sur le cas de l’ex-président Marc Ravalomanana. Condamné ( ?) par la Justice, ce dernier est sous la menace constante d’une arrestation suivie d’emprisonnement s’il lui arrive de retourner au pays.

Depuis 20 jours, il est désormais sur place et la question figure au cœur de la problématique actuelle. Aussi désolant que cela puisse être, la réconciliation nationale de nos périodes noires semble être subordonnée au destin politique d’un seul homme. Aveuglement collectif ou longue tradition de culte de la personnalité, le sort de l’ancien chef de l’Etat semble primer pour certains sur les intérêts de la nation. Pour l’instant, l’intérêt fondamental de Madagascar sera de réussir à travers une réconciliation des protagonistes, le retour à la sérénité politique. Paradoxalement, ce sont ces mêmes protagonistes qui font blocage ou, pire, laisse planer sur l’avenir les risques de nouvelles crises. Dix chefs d’Etat dont un seul est le fruit d’une alternance démocratique par élection interposée, voilà le terrible bilan de cinquante années d’indépendance où le pays, dirigeants en tête, ont scandé la démocratie comme mot d’ordre.

La situation interpelle la pratique politique à Madagascar. Les politiciens se sont avérés incapables de « gérer la cité » ou les « choses publiques » pour faire advenir la sérénité au sein d’une vie communautaire sans heurts. A moins que la stabilité ne soit le dernier de leurs soucis au profit d’une pérennité au pouvoir. Rester ou perdurer au pouvoir ont toujours été à la source des crimes contre la démocratie ou l’éthique de la gouvernance : élections volées, libertés fondamentales bafouées ou détournements des biens et de deniers publics. Nos hommes politiques semblent ainsi ne se sentir à l’aise que dans des situations instables et font donc tout, pour les faire durer. Beaucoup a été dit sur l’intérêt que certains portent sur une prolongation sans fin de la Transition pour protéger des « biens mal acquis » ou en engranger d’autres. Il faut du temps certes, pour changer les mentalités surtout celles qui ont été habitués à l’impunité, mais rien n‘est impossible. Il a fallu des décennies pour que la Justice française se saisisse des affaires de « biens mal acquis » et mettent à la Une des journaux des ex-présidents comme Omar Bongo ou leurs proches. Pourquoi attendre ?

La Transition semble être le bon moment pour instaurer une nouvelle pratique politique et tailler dans la masse. A quoi servent donc le Samifin, le Bianco ou le service des impôts ? A moins de se limiter à faire du chantage ou des misères à la classe économique, comme l’a fait l’ex-président Marc Ravalomanana, ces institutions peuvent fort bien être mobilisées pour une enquête approfondie sur l’origine des richesses les plus indécemment ostensibles alors que sans origine claire. Ayant pour vocation de mettre la main sur le gouvernail du pays, les politiques doivent d’abord et surtout, avoir les mains nettes. L’échec de la politique à Madagascar relève d’une question de confiance. « Ils volent tous » ou bien « c’est une classe de voleurs », voilà la perception de Madame et Monsieur Toulemonde sur les politiciens. Si on attend que tout se normalise pour agir, il sera trop tard. Déjà que beaucoup méprise les dispositions légales sur la déclaration du patrimoine, on s’inquiète de ce qu’ils pourront faire plus tard, s’ils perdurent au pouvoir.

L’échec de la politique à Madagascar résulte d’un mal profond. On se succède de père en fils ou de cousin à cousin dans les fauteuils institutionnels et l’on pérennise le mal. La Transition aurait dû être à la source d’un renouvellement de la classe politique. Mais la suite de l‘histoire, le déroulement de la présidentielle et les législatives, puis les premiers pas du nouveau pouvoir sont tout sauf concluants et convaincant. Et revoilà qui rebondit dans l’actualité, avec la question de l’amnistie en sus. A chaque nouveau régime, ce sont les mêmes têtes ou les mêmes familles qui émergent. Pire, elles émergent même si elles traînent des casseroles judiciaires. Quand on voit la qualité des hommes qui siègent au sein du parlement ou d’institutions y compris le gouvernement, on craint fort qu’ils ne ramènent au pouvoir nombre de ceux qui ont enfoncé Madagascar dans les fameuses « crises cycliques ». C’est le danger de la loi d’amnistie ou de l’amnistie tout court.

Le retour des vieux de la vieille feront perdre à la classe politique la clause de confiance. Peut-on encore avoir confiance, par exemple à des repris de justice ? Même si on leur accorde le bénéfice du doute ou de la présomption d’innocence, l’adage reste vrai. « Il n’y a pas de fumée sans feu ». Là aussi, un adage proclame que « la femme de César est au-dessus de tout soupçon ». En clair, tous ceux qui briguent des responsabilités publiques doivent être sans histoires. Sauf, qu’avec une mauvaise application ou d’une politisation d’une loi d’amnistie, les politiciens n’en viennent qu’à s’autoamnistier en petit comité de leurs errements. Des personnalités inspirent tout de même des sympathies. Elles ont été, par exemple, condamnés pour des faits de corruption ou de trafic d’influence, mais elles la bouclent et ne montrent ni rancœur ni velléité indécente de se justifier. Voilà ce qui justifierait bien une commission « Vérité et Justice », comme en Afrique du sud. Il faut renoncer à énumérer tous les présumés méfaits de l’ex-président Ravalomanana. Il n’aura commis que des péchés dont tous nos hommes politiques s’en sont sortis indemnes et sans dommages sérieux. Pourquoi lui et pourquoi pas eux ?